Il est maintenant intéressant de représenter les résultats de l’analyse de Jakobson sous la forme d’un tableau avec l’utilisation de cercles qui montre la fréquence d’apparition de chacune des fonctions du langage dans l’ensemble des trois articles étudiés.
D’après le tableau établit suite à l’application de la méthode de Jakobson sur les trois textes, nous remarquons que la fonction référentielle est très présente dans Le Figaro (67,70 %), moyennement présente dans Voici (44,09%) et très peu présente dans Marianne (9,10%). Nous sommes en présence de trois cas de figure totalement différents. On peut ainsi en déduire le genre des trois articles.
« Eurovision : les Finlandais de Lordi, nouveaux « monstres » de la chanson » est un texte informatif, assez neutre (seule 18,75% des termes relèvent de la fonction expressive, ce qui représente environ 72 mots sur 384). L’article du Figaro nous donne des renseignements globalement neutres, mais extrêmement précis, comme par exemple quelques détails concernant le règlement de l’Eurovision : le groupe vainqueur gagne le droit d’organiser le concours l’année suivante dans son pays, le nombre de pays participant, le stade qui peut accueillir 18 500 places, choses que ne font pas les deux autres articles, ce qui renforce le côté informatif du contenu. La fonction conative tout comme la fonction métalinguistique n’est pas présente dans cet article. La fonction phatique représente 3,38% du texte. Elle touche essentiellement le titre de l’article, et l’injonction « Satanisme », qui est utilisée comme étant une phrase à lui toute seule. Le journaliste aurait tout aussi bien pu hiérarchiser son texte en lui donnant le rôle de sous-titre. Quant à la fonction poétique elle représente 12,5% du texte. Elle est essentiellement présente dans certains jeux de mots (« messe télévisuelle »), et dans l’association de certains mots, qui provoque un caractère original à la phrase, comme par exemple la citation de Mr Lordi en fin de paragraphe. La traduction de quelques vers de la chanson « Hard Rock Hallelujah » du groupe relève également de cette fonction.
L’article « La France outragée, la France humiliée … mais c’était, hélas, mérité ! » provenant de Marianne est un texte argumentatif, c’est un réquisitoire qui vise à accuser quelqu’un : ici, la France et son manque d’ouverture. En effet, contrairement à l’article du Figaro, on remarque que la fonction expressive est importante (69,24%), alors que la fonction référentielle est très peu présente (seulement 9,10 %). En parcourant l’article nous comprenons que le but de l’auteur n’est pas de nous raconter l’Eurovision, comme le ferait n’importe quel article, mais de nous faire prendre conscience de quelques réalités. L’auteur tente de prendre à parti son public, il tente de le faire réagir, et cela, en employant des termes qui relèvent de la fonction expressive, c'est-à-dire en ayant recours à des termes subjectifs, propres à l’auteur. La fonction métalinguistique n’est pas non plus présente dans cet article. La fonction phatique n’est représentée que par 1,36% des termes du texte. Elle n’est caractérisée que par les titres et les sous-titres de l’article. Quant aux fonctions conative (8%) et poétique (8,82%) elles sont toutes deux proches. Tout au long de son article, le journaliste se pose des questions, et en les retranscrivant sur papier il les pose indirectement à son lectorat. Ce sont des questions rhétoriques, auxquelles l’auteur possède déjà ses propres réponses.
Quant à l’article de Voici « Pour la France c’est un peu hard », on remarque que le pourcentage de la fonction référentielle (44,09%) et la fonction expressive (47,79%) sont quasiment égales. Cet article informe tout en donnant son propre point de vue. Nous avons, ici, affaire à un autre cas de figure. La fonction poétique (2,47%) ainsi que la fonction phatique (2,64%) sont toutes deux relativement proches. La fonction phatique n’est présente que dans les titres et les sous-titres. La fonction poétique n’apparaît qu’une seule et unique fois dans l’arrangement originale de certains termes « niaiserie abyssale », « momie desséchée ». Quant à la fonction conative elle représente 9% du texte, et n’intervient que dans certaines questions que se pose l’auteur. « Chiche ? » apparaît comme une provocation. Les questions de Voici posées à Renaud Doucet, le rédacteur du magazine Hard N’Heavy, relèvent également de cette fonction.
En calculant la moyenne de chaque fonction, nous pouvons remarquer que c’est la fonction expressive la plus utilisée (45,26%), suivit de peu avec la fonction référentielle (40,29%). Cela prouve à quel point il a été difficile pour les trois auteurs de rédiger un article informatif concernant cette victoire plutôt inattendue. Un sujet, tel que le heavy metal, « ne laisse pas insensible », que ce soit dans le bon ou le mauvais côté. La fonction métalinguistique n’apparaît dans aucun des trois textes, et les trois autres fonctions restent très faiblement utilisées : la fonction phatique (2,46%), comme nous l’avons vu est essentiellement utilisé dans les titres, les sous-titres, les interjections ; la fonction conative (5,6%) se concentre sur les questions posées aux lecteurs, sur les dialogues simulés, sur les questions réponses et la fonction poétique (7,93%) intervient exclusivement dans le choix original de certains mots, des tournures de phrases et des styles.